Un adulte et un réveil illustrent la place des habitudes dans la dépendance à la nicotine.

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Après la dernière cigarette, la dépendance peut continuer

Ne plus fumer et ne plus dépendre de la nicotine sont deux étapes distinctes. Certaines personnes poursuivent le vapotage après leur arrêt du tabac, avec des usages plus ou moins contraignants. Comprendre cette dépendance permet d’en parler sans effacer le bénéfice d’avoir quitté les cigarettes ni supposer que tous les utilisateurs vivent la même expérience. [1]

La nicotine et les habitudes agissent ensemble #

La dépendance au tabac ne se résume pas à un geste répété. Dans sa synthèse sur l’addiction à la nicotine, Neal Benowitz décrit l’association de mécanismes pharmacologiques et d’apprentissages : effets de la substance, symptômes de manque lorsque les niveaux diminuent et liens établis avec des situations quotidiennes. La fin de la cigarette ne supprime pas automatiquement ces mécanismes lorsqu’une autre source de nicotine demeure. [1]

La présence de nicotine ne suffit pourtant pas à décrire toute la situation. Il faut aussi considérer la manière dont la personne utilise le produit, les moments où elle le recherche et la difficulté éventuelle à s’en passer. Un usage vécu comme choisi n’a pas les mêmes conséquences quotidiennes qu’un usage perçu comme envahissant, même si les deux personnes emploient le mot « vapoter ». Une information utile doit pouvoir aborder cette différence sans transformer un symptôme de dépendance en défaut personnel.

Mesurer davantage que des millilitres #

Le questionnaire développé par Jonathan Foulds et ses collègues pour étudier la dépendance aux cigarettes électroniques explore notamment le délai avant le premier usage après le réveil, la difficulté à s’abstenir et l’utilisation nocturne. Ces éléments donnent des informations que le seul volume de liquide consommé ne fournit pas. L’étude initiale reposait sur des participants volontaires et demandait aussi de se rappeler leur dépendance passée aux cigarettes, ce qui limite les comparaisons. [2]

Un score de questionnaire est un outil de recherche ou d’entretien, pas un jugement sur la valeur d’un arrêt du tabac. Il permet de décrire une dimension supplémentaire du parcours : la place prise par le produit. Deux personnes utilisant le même liquide peuvent organiser leur journée différemment autour du vapotage. Les questionnaires aident à formuler ces différences, mais un résultat isolé ne remplace pas l’échange sur les difficultés concrètes et les priorités que la personne souhaite se donner. [2]

Les comparaisons historiques ont une portée limitée #

Une étude de Jean-François Etter et Thomas Eissenberg, publiée en ligne fin 2014, comparait des utilisateurs de cigarette électronique, de gommes nicotiniques et de cigarettes. Dans les échantillons étudiés, la dépendance déclarée à la vape était généralement plus faible que celle liée au tabac fumé. Les chercheurs observaient cependant bien des utilisateurs dépendants à la cigarette électronique nicotinée. Il s’agissait d’enquêtes transversales, et non d’un suivi aléatoire de personnes attribuées à chaque produit. [3]

Ce résultat ne peut devenir une garantie valable pour les appareils commercialisés aujourd’hui. La population, les produits disponibles et les modes d’usage ont changé. Il ne permet pas non plus de prévoir la facilité avec laquelle une personne donnée pourra arrêter de vapoter. Il apporte une information plus circonscrite : dans certaines populations d’utilisateurs, quitter la cigarette pour la vape a pu s’accompagner d’une dépendance perçue différente, sans que celle-ci disparaisse nécessairement. [3]

Les données des jeunes ne décrivent pas tous les anciens fumeurs #

Une étude internationale publiée en 2024 examine les indicateurs de dépendance chez des jeunes au Canada, en Angleterre et aux États-Unis entre 2017 et 2022. Elle rapporte une progression des symptômes de dépendance liés au vapotage au cours de cette période. Cette observation rappelle qu’une moyenne ancienne sur des adultes ayant quitté le tabac ne décrit pas forcément les usages de générations plus jeunes et de produits plus récents. [4]

L’extrapolation inverse serait également trompeuse. Un adolescent qui commence un produit nicotiné et un adulte qui le substitue à des années de cigarettes n’ont pas la même situation de départ. Décrire leur dépendance avec sérieux exige des indicateurs comparables, puis une interprétation adaptée à leur histoire. La recherche doit distinguer initiation à la nicotine, maintien d’une dépendance préexistante et évolution après le sevrage tabagique. Réunir ces trois situations dans un seul chiffre ferait perdre une information essentielle. [4]

Reconnaître le bénéfice et discuter la suite #

La dépendance n’est pas une unité de mesure de tous les risques sanitaires. Une personne peut ne plus inhaler de fumée de tabac et continuer à ressentir un besoin de nicotine. Ce constat ne rend pas les deux situations identiques. Il explique pourquoi les études doivent suivre séparément le tabagisme, le vapotage et les symptômes de dépendance. Réussir à ne plus fumer reste un résultat identifiable, même si un autre objectif apparaît ensuite.

Pour certaines personnes, l’étape suivante consiste à comprendre la place du vapotage avant de décider d’un changement. Qu’est-ce qui motive ce souhait : le coût, une gêne, le sentiment d’être contraint ou l’envie de ne plus consommer de nicotine ? La réponse détermine le type d’aide à rechercher. Il n’est pas nécessaire de présenter la poursuite du vapotage comme un échec pour pouvoir en discuter les limites. La question peut évoluer avec le temps et mérite alors d’être reposée dans un échange ouvert.

Le discours public gagnerait ainsi à décrire plusieurs résultats simultanément. Combien de personnes quittent les cigarettes ? Combien continuent une nicotine qui les aide à maintenir cet arrêt ? Combien souhaitent ensuite s’en libérer et rencontrent des difficultés ? Ces questions peuvent coexister. Elles rendent compte du parcours des utilisateurs avec plus de justesse qu’une opposition sommaire entre réussite totale et dépendance inchangée.

Sources #

[1] New England Journal of Medicine — Neal L Benowitz — Nicotine Addiction. 17 juin 2010.

[2] Nicotine & Tobacco Research — Jonathan Foulds et ses collègues — Development of a Questionnaire for Assessing Dependence on Electronic Cigarettes Among a Large Sample of Ex-Smoking E-cigarette Users. 19 octobre 2014.

[3] Drug and Alcohol Dependence — Jean-François Etter et Thomas Eissenberg — Dependence levels in users of electronic cigarettes, nicotine gums and tobacco cigarettes. 18 décembre 2014.

[4] Nicotine & Tobacco Research — Comparison of Indicators of Dependence for Vaping and Smoking: Trends Between 2017 and 2022 Among Youth in Canada, England, and the United States. 26 mars 2024.

Jason Buttier · Fondateur & rédacteur

Ancien fumeur, Jason Buttier a créé VAPOVOR pour publier des contenus datés, sourcés et indépendants sur tabac, nicotine et vapotage, à destination d’un public adulte. Les contenus n’incluent pas de recommandation d’achat et ne se substituent pas à un avis médical individuel.

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Jason Buttier est le fondateur de VAPOVOR et également à l’origine de la marque « Maître Vapotier ». Cette information est fournie pour transparence. Les contenus éditoriaux de VAPOVOR n’incluent pas de recommandation d’achat et ne se substituent pas à un avis médical individuel.

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