Trois flacons anonymes de formes sobres, une loupe et une fiche d’analyse ; petits symboles géométriques différents dans chaque flacon pour évoquer des compositions distinctes, sans feuille de cannabis décorative ni représentation de consommation. Illustration flat épurée, fond blanc, bleu #263b63 et rose #bd3e68.

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CBD, THC et cannabinoïdes de synthèse : derrière des appareils semblables, des produits très différents

Le dernier bilan SINTES de l’OFDT, publié en juin, relève une diversité de cannabinoïdes dans les e-liquides collectés par son réseau. Ces observations prolongent les alertes sanitaires sur des produits vendus comme contenant du CBD, mais dont la composition réelle diffère. Elles imposent de préciser les substances en cause : le mot « vape » décrit un mode d’administration, pas une identité chimique ni un usage unique.

Nommer la substance avant de parler du dispositif #

Une cartouche ou un flacon peuvent contenir des produits destinés à des usages très différents. Le CBD, ou cannabidiol, et le THC sont deux cannabinoïdes distincts présents dans le chanvre. Le premier ne possède pas les mêmes propriétés intoxicantes que le second. Cela ne le rend pas biologiquement inactif : l’Assurance maladie rappelle notamment la possibilité d’effets indésirables et d’interactions avec certains médicaments. Un produit au CBD vendu dans le commerce ne devient pas un traitement médical du seul fait de cette appellation. [1]

Les cannabinoïdes de synthèse forment une autre catégorie de substances. La MILDECA décrit leur capacité à imiter des effets du THC et signale plusieurs modes de consommation, dont les e-liquides. Des noms commerciaux ou d’argot circulent, mais ils ne constituent pas une description de laboratoire. Un même surnom peut recouvrir des compositions différentes. Pour rendre compte d’une intoxication, l’identification du produit et de son contenu est donc plus informative que la seule photographie de l’appareil qui a servi à l’inhaler. [2]

Ce que les collectes de 2024 et 2025 montrent #

Dans son Point SINTES n° 11, publié le 11 juin 2026, l’OFDT rapporte 33 collectes d’e-liquides contenant des substances psychoactives hors nicotine en 2024, puis 80 en 2025. Les données de 2025, arrêtées au 25 février 2026, sont présentées comme provisoires. Les cannabinoïdes de synthèse prédominent dans ces échantillons, avec des compositions hétérogènes. Le bilan documente aussi des substances non annoncées dans certains produits commercialisés sous une présentation évoquant le CBD. [3]

Ces chiffres sont ceux d’un dispositif de veille. SINTES analyse notamment des produits ayant provoqué des effets inhabituels ou indésirables, ainsi que des produits nouveaux ou difficiles à identifier. Il ne prélève pas au hasard tous les liquides en vente. On ne peut donc pas transformer la part d’une substance dans ces collectes en pourcentage de contamination du marché français. Le bilan établit l’existence et la diversité de situations préoccupantes ; il ne décrit pas la composition moyenne d’un flacon utilisé pour arrêter les cigarettes. [3]

Les alertes portent aussi sur la tromperie #

Dès le 19 juin 2025, l’ANSM et l’Anses avaient signalé plusieurs centaines d’intoxications recensées depuis le début de 2024 après consommation de produits présentés comme contenant du CBD. L’alerte concernait plusieurs formes, notamment des e-liquides, des produits fumés et des denrées alimentaires. Dans la majorité des cas rapportés, les agences mettaient en cause d’autres substances, dont des cannabinoïdes de synthèse, ou une teneur en THC supérieure à celle autorisée pour les produits concernés. [4]

La Douane a également publié, en octobre 2025, des observations de laboratoire sur des produits vendus sous une appellation CBD et modifiés par ajout de substances non déclarées. Elle distingue les cannabinoïdes obtenus par synthèse chimique et ceux produits par transformation de composés naturels, souvent qualifiés de semi-synthétiques. Cette différence de fabrication ne constitue pas une échelle automatique de sécurité. Dans les situations décrites, l’incertitude sur l’identité et la quantité absorbée est au cœur du problème, quelle que soit la présentation commerciale. [5]

Une étiquette ne remplace pas la traçabilité #

Un intitulé rassurant, une illustration végétale ou la promesse d’un effet puissant ne donnent pas à l’acheteur les informations nécessaires pour connaître un mélange. L’existence de boutiques physiques ne suffit pas non plus à écarter toute discordance : les constats officiels concernent plusieurs circuits de distribution. Les résultats d’un laboratoire doivent eux-mêmes être rapportés au produit analysé, à son lot et aux substances effectivement recherchées. L’analyse d’un échantillon ne certifie pas automatiquement tous les flacons portant un nom voisin. [5]

Cette exigence vaut aussi pour l’information journalistique. Un cas concernant un liquide contenant un cannabinoïde de synthèse ne permet pas d’imputer le même effet à la nicotine, au CBD pur ou à tout aérosol de cigarette électronique. Il ne doit pas davantage être écarté au motif qu’il ne correspond pas au vapotage habituel d’un ancien fumeur. L’événement a sa réalité propre. Le décrire avec son produit, son contexte et ses limites permet de prévenir une confusion tout en conservant la portée de l’alerte.

La présentation des chiffres de collecte exige la même attention. Un pourcentage calculé parmi les échantillons adressés à un laboratoire décrit ce sous-ensemble, pas tous les produits disponibles. Un dispositif qui recherche des situations inhabituelles a précisément vocation à recevoir des produits suspects. Son utilité consiste à identifier des signaux et à permettre leur investigation, même lorsqu’il ne peut pas mesurer la fréquence du problème dans l’ensemble du marché.

En cas d’effet inattendu, documenter autant que prendre en charge #

Les agences sanitaires demandent l’arrêt du produit en cas d’effet indésirable et un recours adapté aux soins ; une perte de connaissance ou une situation de détresse justifie l’appel au 15. Elles recommandent également de conserver le produit restant afin qu’une analyse puisse éventuellement être réalisée. L’emballage, le nom commercial et les informations sur les autres substances consommées aident à documenter la situation. Le signalement nourrit ensuite la surveillance, sans que la personne ait à identifier elle-même la molécule responsable. [4]

Le CBD mérite par ailleurs une discussion avec un professionnel de santé lorsqu’une personne prend déjà des médicaments : l’absence d’effet recherché comparable à celui du THC n’exclut pas une interaction. Les usages médicaux d’un cannabinoïde répondent à des indications et à un suivi qui ne se transposent pas automatiquement à un e-liquide du commerce. [1] Pour les personnes ayant quitté les cigarettes grâce à la vape nicotinée, comme pour celles qui utilisent d’autres produits, la précision est la même exigence : connaître ce qui est consommé, distinguer les catégories et attribuer les observations aux substances effectivement identifiées.

Sources #

[1] Assurance maladie — Cannabidiol (CBD) non médical : définition et précautions d’utilisation. 19 décembre 2025.

[2] MILDECA — Cannabinoïdes de synthèse : une vidéo pour informer des risques à consommer. 24 juin 2025.

[3] Sabrina Cherki et Cindy Feng — OFDT — Point SINTES n° 11. 11 juin 2026.

[4] ANSM et Anses — Augmentation des intoxications causées par des produits à base de CBD contenant d’autres substances. 19 juin 2025.

[5] Direction générale des douanes et droits indirects — CBD : quand l’étiquette masque des substances dangereuses. 6 octobre 2025.

Jason Buttier · Fondateur & rédacteur

Ancien fumeur, Jason Buttier a créé VAPOVOR pour publier des contenus datés, sourcés et indépendants sur tabac, nicotine et vapotage, à destination d’un public adulte. Les contenus n’incluent pas de recommandation d’achat et ne se substituent pas à un avis médical individuel.

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