
Des métaux dans l’aérosol : ce que les analyses révèlent sur les appareils
La composition d’un e-liquide ne décrit pas à elle seule celle de l’aérosol inhalé. Les matériaux de l’appareil peuvent aussi contribuer aux émissions. Des travaux sur différents dispositifs montrent des écarts importants, parfois au cours de leur utilisation. Pour en comprendre la portée, il faut distinguer la présence d’un métal, la dose absorbée et les effets sanitaires que les études permettent réellement d’établir. [1–4]
Des résultats marquants sur certains modèles jetables #
Une étude publiée le 25 juin 2025 dans ACS Central Science a analysé des dispositifs jetables de trois marques populaires aux États-Unis. L’équipe de Mark Salazar a suivi leurs émissions au cours de l’utilisation et examiné leurs composants. Pour certains éléments et produits testés, les concentrations mesurées étaient très élevées par rapport à des données antérieures concernant d’autres cigarettes électroniques et les cigarettes combustibles. Du bronze contenant du plomb a notamment été identifié dans des pièces en contact avec le liquide. [1]
Ces résultats appellent une attention particulière aux références analysées et à leur fabrication. Ils ne constituent pas un classement de tous les dispositifs disponibles. Une comparaison limitée à certains métaux ne mesure pas davantage la toxicité globale respective de la vape et de la fumée de tabac. La question industrielle soulevée est précise : comment éviter qu’un matériau choisi pour fabriquer un appareil ne devienne une source d’exposition lors de son usage ?
Le réservoir et la résistance participent au mélange #
Les métaux n’ont pas commencé à intéresser les chercheurs avec les appareils jetables. En 2018, Pablo Olmedo et ses collègues ont comparé, pour 56 dispositifs apportés par des vapoteurs quotidiens, le liquide de recharge, celui resté dans le réservoir et l’aérosol produit. Les concentrations de plusieurs métaux, dont le nickel, le chrome et le plomb, étaient plus élevées dans le réservoir et l’aérosol que dans le liquide qui n’avait pas encore été en contact avec l’appareil. [2]
Cette méthode permet de suivre une contamination possible le long du parcours du liquide. Elle soutient le rôle des composants métalliques, notamment de la résistance, dans une partie des émissions. Elle montre aussi la limite d’un contrôle portant uniquement sur le flacon : un résultat satisfaisant avant remplissage ne suffit pas à caractériser ce qui sera inhalé ensuite. L’appareil forme un ensemble avec son contenu. Pour examiner cet ensemble, il faut mesurer le produit qui en sort et préciser les conditions dans lesquelles il a été obtenu. [2]
Aucune famille de matériel ne résume tous les résultats #
Une autre étude, publiée en décembre 2023 par Angela Aherrera et ses collègues dans Environmental Health Perspectives, a comparé 194 dispositifs : 104 appareils de type mod, 67 systèmes à pods et 23 pods jetables. Douze éléments étaient recherchés. Pour beaucoup de métaux, les concentrations étaient plus élevées dans les mods de cet échantillon ; le cobalt et le nickel présentaient un profil différent, avec des valeurs supérieures dans les systèmes à pods ou jetables. Les variations étaient importantes entre catégories, marques et références. [3]
Ces différences empêchent de réduire la question à une opposition simple entre matériel rechargeable et jetable. Elles ne permettent pas non plus de recommander un arôme sur la seule base d’un classement chimique observé dans cet échantillon. Une association avec une saveur peut recouvrir d’autres différences de formulation ou de conception. Pour le lecteur, la date d’achat des produits, leur identité et le nombre d’exemplaires testés deviennent aussi utiles que le nom de la substance détectée. [3]
Les prélèvements humains apportent une autre pièce du dossier #
Mesurer un aérosol répond à une question d’émission. Pour approcher l’exposition dans l’organisme, une étude préliminaire d’Angela Aherrera, publiée en 2017, avait recruté 64 vapoteurs dans le Maryland. Les chercheurs avaient recueilli des échantillons provenant des appareils, ainsi que des urines, de la salive et du condensat d’air expiré. Les concentrations de nickel dans l’aérosol étaient associées à celles relevées dans les urines et la salive ; pour le chrome, une association apparaissait dans la salive. [4]
Ce rapprochement soutient l’existence d’un passage entre émissions et exposition humaine. Il ne décrit pas une maladie diagnostiquée, ni le devenir sanitaire de ces participants après plusieurs décennies. La taille limitée du groupe et la nature observationnelle du travail demandent aussi de la prudence. Les autres sources possibles d’exposition et les pratiques doivent être considérées dans l’analyse. Une mesure biologique rend l’enquête plus proche de l’utilisateur ; elle ne dispense pas d’expliquer ce qu’elle mesure, sur quelle période et avec quelle précision. [4]
Évaluer un risque sans annoncer des maladies observées #
L’étude de 2025 a également comparé ses mesures à des repères toxicologiques, avec des hypothèses d’exposition, et identifié des dépassements pour certains éléments et scénarios. Il s’agit d’une estimation de risque ; les chercheurs n’ont pas suivi les utilisateurs de ces appareils pour compter des cancers ou d’autres maladies. [1]
Cette distinction ne rend pas le signal négligeable. Elle indique le type de réponse qu’il appelle : vérifier les mesures, identifier la pièce ou le liquide en cause, étendre les contrôles à d’autres lots et examiner si les conditions retenues correspondent aux usages. Une valeur exprimée par bouffée, par masse d’aérosol ou par volume d’air ne peut être comparée directement à une autre sans conversion et sans connaître le protocole. Le lecteur doit pouvoir retrouver l’unité, le comparateur et les limites de l’exercice.
La qualité du matériel concerne autant les personnes qui vapotent pour quitter les cigarettes que celles qui cherchent à comprendre les risques. Reconnaître l’intérêt d’un changement de consommation n’impose pas d’accepter une contamination évitable. Inversement, découvrir un défaut sur une référence ne permet pas de conclure que chaque produit présente le même défaut. La précision utile consiste à nommer ce qui a été mesuré, à conserver son périmètre et à demander des réponses vérifiables aux fabricants.
Sources #
[1] Mark R. Salazar et collègues — ACS Central Science, université de Californie à Davis — Elevated Toxic Element Emissions from Popular Disposable E-Cigarettes: Sources, Life Cycle, and Health Risks. 25 juin 2025.
[2] Pablo Olmedo et collègues — Environmental Health Perspectives — Metal Concentrations in e-Cigarette Liquid and Aerosol Samples: The Contribution of Metallic Coils. 21 février 2018.
[3] Angela Aherrera et collègues — Environmental Health Perspectives — Metal Concentrations in E-Cigarette Aerosol Samples: A Comparison by Device Type and Flavor. 4 décembre 2023.
[4] Angela Aherrera et collègues — Environmental Research — The association of e-cigarette use with exposure to nickel and chromium: A preliminary study of non-invasive biomarkers. novembre 2017.
Jason Buttier · Fondateur & rédacteur
Ancien fumeur, Jason Buttier a créé VAPOVOR pour publier des contenus datés, sourcés et indépendants sur tabac, nicotine et vapotage, à destination d’un public adulte. Les contenus n’incluent pas de recommandation d’achat et ne se substituent pas à un avis médical individuel.
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