Une cigarette et une cigarette électronique sont représentées avec des chemins distincts évoquant des parcours de consommation.

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Fumer et vapoter : ce que recouvre le double usage

Que signifie continuer à fumer alors que l’on utilise une cigarette électronique ? Derrière la catégorie de double usage, il faut examiner la place des cigarettes restantes, l’évolution des pratiques et le but poursuivi. La question ne se résout pas avec le seul nombre d’appareils achetés ou de liquides consommés.

Une catégorie qui rassemble plusieurs parcours #

Dans les enquêtes, être « double utilisateur » signifie généralement consommer à la fois du tabac fumé et une cigarette électronique pendant une période définie. Cette photographie ne dit pas si la personne vient de commencer à remplacer ses cigarettes, si elle fume exceptionnellement ou si elle conserve presque toute sa consommation antérieure. Une analyse longitudinale de l’étude américaine PATH publiée en 2024 étudie justement les passages entre tabagisme exclusif, vapotage exclusif, double usage et absence d’usage. [3]

Suivre les personnes dans le temps apporte une information que la photographie seule ne donne pas : la direction du changement. Mais les transitions observées dans une cohorte ne permettent pas d’attribuer automatiquement la réussite ou l’échec au seul appareil. Motivation, contexte social, dépendance et expériences précédentes peuvent peser sur le parcours. Qualifier indistinctement tous les doubles usages de réussite ou d’impasse ferait disparaître cette diversité. Le temps écoulé et l’objectif de la personne comptent autant que l’étiquette statistique. [3]

Quelques cigarettes ne représentent pas un risque proportionnel #

Réduire sa consommation peut sembler équivaloir à réduire d’autant les risques. Pour les maladies cardiovasculaires, la relation est plus complexe. La méta-analyse d’Allan Hackshaw et de ses collègues, publiée dans le BMJ en 2018, montre qu’une cigarette quotidienne conserve une part importante de l’excès de risque associé à vingt cigarettes par jour. Diviser le nombre de cigarettes par vingt ne divise donc pas mécaniquement le sur-risque cardiovasculaire par vingt. [1]

Cette étude porte sur le tabagisme et non sur l’efficacité d’une stratégie de vapotage. Elle explique néanmoins pourquoi l’arrêt complet des cigarettes reste un objectif distinct d’une simple réduction. Elle ne permet pas de calculer le risque personnel d’un lecteur à partir de son compteur quotidien. L’âge, les années de consommation et d’autres facteurs interviennent. Le message utile est plus précis : les cigarettes restantes continuent de compter, même lorsqu’elles sont beaucoup moins nombreuses. [1]

Ce que les analyses biologiques peuvent montrer #

Une analyse de neuf études, réunissant 1 299 adultes et publiée en ligne en octobre 2022, a comparé les biomarqueurs selon les usages effectivement adoptés. Elle relève notamment un monoxyde de carbone expiré plus faible chez les personnes passées au vapotage exclusif ou au double usage que chez celles continuant seulement les cigarettes. Les autres marqueurs donnent des résultats variables, parfois fondés sur une seule étude. Un biomarqueur traduit une exposition ; il ne mesure pas directement le risque futur de cancer ou d’infarctus. [2]

Ces résultats permettent de reconnaître qu’une réduction réelle des cigarettes peut diminuer certaines expositions, sans en déduire un bénéfice identique pour chaque personne. Les participants n’avaient pas été tirés au sort pour devenir doubles utilisateurs plutôt que vapoteurs exclusifs. Les trajectoires peuvent donc différer aussi par leur motivation ou leur consommation. La distinction entre ces situations demeure nécessaire : une baisse mesurée de certaines substances ne suffit pas à établir l’ensemble des effets sanitaires et ne donne pas un pourcentage universel de protection. [2]

Une transition peut suivre plusieurs rythmes #

Les travaux qualitatifs et mixtes apportent un autre éclairage. Une étude d’Emma Ward et de ses collègues, issue d’une intervention proposée dans des services d’urgences britanniques, décrit différentes voies vers l’arrêt : basculement rapide pour certains participants, réduction progressive et périodes de double usage pour d’autres. Ce type de recherche aide à comprendre des obstacles et des habitudes ; il ne permet pas de déterminer une durée de transition optimale valable pour tout le monde. [4]

L’enjeu de l’accompagnement est alors de rendre l’évolution visible. La consommation de tabac diminue-t-elle réellement ? Certaines cigarettes restent-elles liées à une situation précise ? L’objectif a-t-il changé ? Ces questions décrivent une démarche d’évaluation, sans imposer un calendrier arbitraire. Elles permettent également de distinguer une difficulté ponctuelle d’un équilibre durable qui ne répond plus au projet initial. Une personne qui alterne les produits mérite une discussion concrète sur sa situation, pas un jugement sur sa volonté.

Distinguer l’adoption du matériel et l’arrêt du tabac #

Un essai américain publié en 2023 a examiné la fourniture de cigarettes électroniques sans instruction explicite de remplacement, dans un contexte volontairement proche d’un usage non encadré. Son protocole distingue l’appropriation du produit, son utilisation et les changements de consommation de cigarettes. Cette séparation est essentielle : posséder un appareil, l’essayer et arrêter de fumer ne sont pas trois façons de mesurer la même chose. [5]

Pour juger une stratégie, il faut donc connaître son résultat final et la période considérée. Une adoption du produit peut être rapide sans que l’arrêt des cigarettes suive le même calendrier. Distinguer l’essai initial, la régularité d’utilisation et la consommation de tabac permet de comprendre ce qui a effectivement changé. Le protocole de Carpenter examine ces dimensions séparément, plutôt que de traiter la simple remise du matériel comme une preuve de réussite de l’intervention. [5]

Le double usage demande ainsi une lecture en mouvement. L’espoir d’une transition ne suffit pas à démontrer qu’elle aboutira ; la persistance de cigarettes ne suffit pas à nier toute progression. L’information la plus utile reste celle qui permet de comprendre où en est la personne, ce qu’elle souhaite obtenir et ce que les données permettent d’attendre de la prochaine étape.

Sources #

[1] The BMJ — Allan Hackshaw et ses collègues — Low cigarette consumption and risk of coronary heart disease and stroke: meta-analysis of 141 cohort studies in 55 study reports. 24 janvier 2018.

[2] Addiction — Jamie Hartmann-Boyce et ses collègues — Biomarkers of potential harm in people switching from smoking tobacco to exclusive e-cigarette use, dual use or abstinence: secondary analysis of Cochrane systematic review of trials of e-cigarettes for smoking cessation. 21 octobre 2022.

[3] Tobacco Control — Changing patterns of cigarette and ENDS transitions in the USA: a multistate transition analysis of adults in the PATH Study in 2017–2019 vs 2019–2021. 22 août 2024.

[4] Addiction — Emma Ward et ses collègues — How do people quit smoking using e-cigarettes? A mixed-methods exploration of participant smoking pathways following receiving an opportunistic e-cigarette-based smoking cessation intervention. 10 septembre 2024.

[5] eClinicalMedicine — Matthew J Carpenter et ses collègues — Effect of unguided e-cigarette provision on uptake, use, and smoking cessation among adults who smoke in the USA: a naturalistic, randomised, controlled clinical trial. 15 août 2023.

Jason Buttier · Fondateur & rédacteur

Ancien fumeur, Jason Buttier a créé VAPOVOR pour publier des contenus datés, sourcés et indépendants sur tabac, nicotine et vapotage, à destination d’un public adulte. Les contenus n’incluent pas de recommandation d’achat et ne se substituent pas à un avis médical individuel.

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