Une femme enceinte et une professionnelle de santé échangent pendant une consultation.

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Grossesse : quelle place pour la vape dans l’arrêt du tabac ?

La grossesse change le cadre de la discussion sur le vapotage. Les risques du tabac sont établis, tandis que les données propres à la cigarette électronique restent limitées. L’enjeu est d’aider à sortir de l’exposition à la fumée, avec un accompagnement adapté, sans banaliser les incertitudes ni culpabiliser les femmes concernées. [1]

Une situation qui appelle un accompagnement spécifique #

Les recommandations françaises sur la grossesse et le tabac placent le repérage de la consommation et l’aide à l’arrêt au cœur du suivi. La question ne se limite pas à la nicotine : fumer expose aussi aux produits de la combustion. La substitution nicotinique peut être discutée dans ce contexte avec les professionnels qui suivent la grossesse. Le bénéfice recherché est la fin de l’exposition au tabac fumé, et le traitement se construit en fonction de la situation de chaque femme. [1]

Cette approche suppose de pouvoir parler librement des usages. Une consommation dissimulée par crainte d’être jugée devient plus difficile à prendre en compte. L’article scientifique et la consultation n’ont pas le même rôle : le premier apporte des connaissances sur un groupe ; la seconde examine une personne, ses difficultés et son suivi obstétrical. Décrire les limites de la vape ne devrait donc jamais revenir à fermer la discussion à une femme qui l’utilise déjà pour éviter les cigarettes.

Un essai a comparé vape et patchs #

Un essai britannique publié dans Nature Medicine en mai 2022 a recruté 1 140 femmes enceintes qui fumaient. Il comparait une cigarette électronique nicotinée à des patchs, avec accompagnement. Sur le critère principal, l’abstinence prolongée validée en fin de grossesse atteignait 6,8 % dans le groupe cigarette électronique et 4,4 % dans le groupe patch. La différence n’était pas statistiquement concluante dans l’analyse initiale : l’intervalle de confiance du risque relatif allait de 0,95 à 2,53. [2]

Des analyses complémentaires ont examiné l’utilisation de produits non attribués, notamment le vapotage dans le groupe patch. Elles donnent des indications utiles, mais ne doivent pas être substituées silencieusement au résultat principal. Un essai sur l’aide à l’arrêt pendant quelques mois ne suffit pas non plus à établir l’absence de tout effet sur l’enfant à long terme. Sa contribution est d’ouvrir une comparaison documentée dans une population souvent absente des recherches, avec des limites clairement identifiées. [2]

Pourquoi les autres études sont difficiles à interpréter #

La revue systématique de Michael Ussher, Joy Fleming et Leonie Brose, publiée en juin 2024, met en évidence les faiblesses fréquentes des travaux sur les issues de grossesse et le vapotage. Les études ne mesurent pas toujours suffisamment le tabagisme antérieur, la consommation simultanée de cigarettes, la fréquence du vapotage ou sa durée. Une catégorie « vapoteuses » peut ainsi mêler des ex-fumeuses, des doubles utilisatrices et des usages occasionnels. [3]

Cela complique l’attribution d’un résultat au seul vapotage. Une association avec un faible poids de naissance, lorsqu’elle est observée, demande de vérifier comment le tabac et les autres facteurs ont été pris en compte. À l’inverse, l’absence d’association détectée dans un petit groupe ne prouve pas qu’un risque serait nul. La comparaison doit être explicitée : avec le tabagisme poursuivi, avec l’absence de nicotine ou avec un traitement de substitution. Ces questions différentes ne conduisent pas nécessairement aux mêmes conclusions. [3]

Des recommandations qui ne se confondent pas avec un essai #

Les recommandations NICE actualisées en février 2025 prévoient un accompagnement pendant la grossesse et après la naissance, et discutent les traitements nicotiniques de substitution avec soutien comportemental. Les besoins de recherche sur la sécurité et l’efficacité des cigarettes électroniques pendant la grossesse restent identifiés. Il faut distinguer cette position de celle concernant les adultes qui ne sont pas enceints : les preuves obtenues dans la population générale ne se transfèrent pas automatiquement à la grossesse. [4]

En France, le ministère chargé de la Santé indique que les produits du vapotage ne doivent pas être utilisés durant la grossesse et présente les substituts nicotiniques comme des traitements de première intention du sevrage. Rapporter cette recommandation n’équivaut pas à affirmer qu’un retour aux cigarettes serait préférable. Une femme déjà passée à la vape a besoin d’exposer précisément sa situation au professionnel qui la suit afin de discuter de la suite de son arrêt, sans improviser un changement qui la remettrait en difficulté. [5]

Le suivi continue après la naissance #

L’après-grossesse ne doit pas disparaître du dossier. NICE inclut explicitement la première année après l’accouchement dans son cadre de prise en charge du tabagisme. L’arrêt obtenu pendant la grossesse et son maintien sont deux étapes différentes. Le contexte familial, les personnes qui fument dans l’entourage, le quotidien avec le nouveau-né et les besoins de soutien doivent pouvoir être abordés sans présumer du parcours individuel. [4]

La recherche doit, de son côté, suivre les enfants et les usages assez longtemps, documenter les passages entre produits et distinguer l’exposition avant, pendant et après la grossesse. Des résultats plus solides viendront d’une meilleure définition des groupes et d’un suivi transparent. Ils permettront de préciser le bénéfice et les limites des différentes stratégies, plutôt que de demander à une étude unique de répondre à toutes les questions.

En mars 2026, le point central reste donc l’accès à une aide adaptée pour cesser de fumer. Les données disponibles justifient une attention particulière à la grossesse et une information prudente sur la vape. Elles ne justifient ni le blâme, ni des assurances générales de sécurité, ni l’abandon d’une femme face à sa dépendance.

Sources #

[1] Haute Autorité de santé — Grossesse et tabac — Recommandations. 30 novembre 2004.

[2] Nature Medicine — Peter Hajek et ses collègues — Electronic cigarettes versus nicotine patches for smoking cessation in pregnancy: a randomized controlled trial. 16 mai 2022.

[3] BMC Pregnancy and Childbirth — Michael Ussher, Joy Fleming et Leonie Brose — Vaping during pregnancy: a systematic review of health outcomes. 20 juin 2024.

[4] NICE — Tobacco: preventing uptake, promoting quitting and treating dependence — Treating tobacco dependence during pregnancy and in the first year after childbirth. 4 février 2025.

[5] Ministère chargé de la Santé — Recommandations concernant l’usage des produits de vapotage / cigarette électronique. 5 octobre 2022.

Jason Buttier · Fondateur & rédacteur

Ancien fumeur, Jason Buttier a créé VAPOVOR pour publier des contenus datés, sourcés et indépendants sur tabac, nicotine et vapotage, à destination d’un public adulte. Les contenus n’incluent pas de recommandation d’achat et ne se substituent pas à un avis médical individuel.

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Jason Buttier est le fondateur de VAPOVOR et également à l’origine de la marque « Maître Vapotier ». Cette information est fournie pour transparence. Les contenus éditoriaux de VAPOVOR n’incluent pas de recommandation d’achat et ne se substituent pas à un avis médical individuel.

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