
L’essai suisse ESTxENDS, du résultat d’arrêt aux usages réels
L’étude suisse ESTxENDS a mesuré l’effet d’une offre de vape ajoutée à un accompagnement pour arrêter de fumer. Depuis le résultat principal de 2024, plusieurs analyses ont exploré les liquides choisis, les symptômes et le sommeil. Elles complètent le tableau sans répondre toutes au même type de question.
Un bénéfice mesuré avec un dispositif précis #
Publié en février 2024 dans le New England Journal of Medicine, l’essai a réparti aléatoirement 1 246 adultes fumeurs souhaitant arrêter. Le groupe intervention recevait des cigarettes électroniques, des liquides gratuits et des conseils de sevrage. Le groupe témoin recevait les conseils et un bon utilisable librement, y compris pour des substituts nicotiniques. Ceux-ci n’étaient pas fournis gratuitement dans le protocole. [1]
À six mois, l’abstinence continue de cigarettes, validée biologiquement, concernait 180 des 622 participants du premier groupe, soit 28,9 %, contre 102 des 624 témoins, soit 16,3 %. L’écart absolu était de 12,6 points ; le risque relatif de réussite de 1,77, avec un intervalle de confiance de 1,43 à 2,20. Ces chiffres concernent l’offre étudiée dans son ensemble. Ils ne prédisent pas le résultat de tout appareil acheté sans accompagnement et ne constituent pas une comparaison directe avec un traitement par substituts optimisé et fourni gratuitement. [1]
La gratuité a fait l’objet d’un débat scientifique #
Dans une correspondance publiée en mai 2024, le médecin Yujiro Kida a interrogé l’influence de la gratuité des produits et des contacts avec l’équipe sur le résultat. Les auteurs ont répondu que leur objectif était d’évaluer l’ajout de vape aux soins habituels, et non de comparer directement vape et substituts. Ils ont également précisé que les deux groupes bénéficiaient d’appels programmés et pouvaient contacter les infirmières entre les visites. [2]
Le débat éclaire la portée pratique de l’essai. Une intervention peut être efficace tout en laissant ouverte la contribution respective de ses composantes : produit, accès matériel, explications, disponibilité du soutien. La randomisation évalue l’ensemble proposé. Elle ne démêle pas, à elle seule, chaque mécanisme. Pour un service qui envisage un programme similaire, il devient donc utile de décrire ce qu’il peut effectivement reproduire. Fournir un appareil, financer les consommables ou organiser des échanges réguliers sont des décisions différentes, dont l’articulation mérite une évaluation propre.
Les symptômes diminuent dans les groupes observés #
Une analyse publiée en ligne en février 2026 s’intéresse aux symptômes que les participants attribuaient à la vape. Parmi les vapoteurs exclusifs observés, la bouche sèche concernait 34 % des 405 personnes évaluées à une semaine et 18 % des 256 personnes évaluées à six mois. Irritation de la gorge et toux étaient également rapportées moins souvent au dernier point de suivi. Le produit étudié utilisait de la nicotine sous forme de base libre. [3]
Ces résultats rendent visibles des inconforts parfois laissés à l’arrière-plan lorsque l’on ne parle que d’arrêt du tabac. Leur interprétation demande toutefois de tenir compte des effectifs changeants. Les groupes présents à une semaine et à six mois ne constituent pas une garantie de suivi identique de chaque personne. Ceux qui cessent de vapoter ou ne répondent plus peuvent avoir un profil différent. Les données ne démontrent donc pas que les symptômes s’atténuent pour tous les utilisateurs, et encore moins que l’usage prolongé serait dépourvu de risque. [3]
Les préférences ne sont pas des prescriptions #
L’analyse publiée en janvier 2025 sur les liquides porte sur le groupe auquel la vape avait été proposée. Les participants choisissaient leurs arômes et leur concentration de nicotine parmi les possibilités offertes. À six mois, les vapoteurs exclusifs utilisaient en moyenne un liquide à 6,3 mg/ml, contre 8,2 mg/ml chez ceux qui fumaient encore et vapotaient. Les choix d’arômes différaient également, avec davantage de saveurs fruitées chez les utilisateurs exclusifs au dernier suivi. [4]
Ce volet est observationnel. Les chercheurs n’ont pas tiré au sort les personnes entre une concentration faible et élevée ou entre arôme fruité et tabac. La dépendance initiale, les préférences et l’évolution du tabagisme peuvent contribuer aux différences. On ne peut donc pas en déduire qu’une saveur précise provoque l’arrêt ni qu’un dosage inférieur conviendrait à tous. Une concentration de liquide ne décrit pas, à elle seule, la quantité de nicotine absorbée : il faudrait aussi connaître la consommation de liquide et les modalités d’utilisation. [4]
Le sommeil apporte une autre mesure du parcours #
Une autre analyse, publiée en février 2026 dans Sleep, a examiné la qualité du sommeil déclarée à six mois. Parmi les 1 246 participants initiaux, 831 ont complété le questionnaire au suivi. Les chercheurs n’ont pas trouvé de différence statistiquement significative sur le score global entre les groupes. Les résultats reposent sur un questionnaire et sur une analyse tenant compte des pertes de suivi ; ils ne correspondent pas à un enregistrement objectif du sommeil. [5]
L’étude ne permet pas d’affirmer qu’aucune personne ne puisse ressentir de trouble du sommeil pendant un changement de consommation. Elle décrit une moyenne dans un essai de sevrage, avec ses limites de mesure. Cet exemple montre l’intérêt de suivre plusieurs dimensions de l’expérience, au-delà d’une seule catégorie « succès » ou « échec ». [5]
ESTxENDS fournit ainsi une base pour examiner une intervention réelle : ce qui a été proposé, le résultat obtenu, la façon dont les participants ont utilisé les produits et ce qu’ils ont ressenti. Lire ensemble ces publications demande de préserver leur hiérarchie. Le résultat principal répond à la question randomisée ; les analyses secondaires ouvrent des questions complémentaires sans devenir, par leur seule accumulation, de nouveaux essais indépendants.
Sources #
[1] New England Journal of Medicine — Auer et collaborateurs — Electronic Nicotine-Delivery Systems for Smoking Cessation. 14 février 2024.
[2] New England Journal of Medicine — Kida ; réponse d’Auer, Schoeni et Jacot-Sadowski — Electronic Nicotine-Delivery Systems for Smoking Cessation — correspondance et réponse. 15 mai 2024.
[3] Nicotine & Tobacco Research — Güttinger et collaborateurs — Adverse symptoms attributed to e-cigarettes over 6 months among participants of a randomized controlled trial testing nicotine free-base e-cigarettes for smoking cessation: secondary analysis of the ESTxENDS trial. 20 février 2026.
[4] Tobacco Prevention & Cessation — Mosimann et collaborateurs — E-liquid flavors and nicotine concentration choices over 6 months after a smoking cessation attempt with ENDS: Secondary analyses of a randomized controlled trial. 15 janvier 2025.
[5] Sleep — Scharf et collaborateurs — Effect of electronic nicotine delivery systems for smoking cessation on sleep quality: secondary analysis of a randomized controlled trial. 5 février 2026.
Jason Buttier · Fondateur & rédacteur
Ancien fumeur, Jason Buttier a créé VAPOVOR pour publier des contenus datés, sourcés et indépendants sur tabac, nicotine et vapotage, à destination d’un public adulte. Les contenus n’incluent pas de recommandation d’achat et ne se substituent pas à un avis médical individuel.
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