
Santé mentale : ouvrir l’accès à l’arrêt du tabac sans simplifier les parcours
Les personnes suivies pour un trouble psychique doivent pouvoir discuter d’un arrêt du tabac et des aides possibles, y compris lorsqu’elles utilisent déjà la vape. Les études spécifiques se développent. Elles invitent à examiner ensemble le tabagisme, l’état psychique, le suivi médical et les conditions concrètes d’accompagnement.
La crainte d’une aggravation n’est pas une conclusion #
La revue Cochrane de 2021 sur l’arrêt du tabac et la santé mentale a rassemblé des études comparant l’évolution de personnes qui cessent de fumer à celle de personnes qui continuent. Globalement, l’arrêt était associé à une amélioration des symptômes d’anxiété, de dépression et de plusieurs indicateurs de bien-être. La certitude variait selon le critère : faible pour l’anxiété, très faible pour la dépression, modérée pour les symptômes mixtes. [1]
Ces résultats ne garantissent pas une amélioration pour chaque patient et ne transforment pas le sevrage en traitement unique d’un trouble psychique. Les personnes qui réussissent à arrêter peuvent aussi différer de celles qui continuent sur d’autres facteurs. La revue conduit néanmoins à interroger l’idée selon laquelle conserver les cigarettes serait nécessaire à l’équilibre mental. Elle porte sur l’arrêt du tabac ; elle ne démontre pas que la vape aurait, par elle-même, un effet antidépresseur ou anxiolytique. La différence entre ces deux affirmations est essentielle dans une conversation clinique. [1]
Tester une intervention adaptée plutôt que présumer l’échec #
L’étude de faisabilité ESCAPE, publiée en janvier 2025, a proposé un kit de cigarette électronique en complément des soins habituels à des fumeurs présentant un problème de santé mentale. Quarante-trois personnes ont participé, dont vingt et une dans le groupe intervention. Les chercheurs ont étudié le recrutement, la participation au suivi et l’acceptabilité de la démarche. Ce format prépare un essai plus important ; il ne fournit pas une estimation suffisamment robuste de l’efficacité à généraliser. [2]
Le rôle de ce travail préliminaire est concret. Avant d’évaluer une intervention à grande échelle, il faut savoir si elle peut être proposée dans les services concernés et si les participants peuvent s’en saisir. Une démonstration compréhensible, des échanges sur l’utilisation et une organisation compatible avec les soins font partie de ce que la recherche doit observer. Le nombre de dispositifs distribués ne suffit pas à décrire une prise en charge. Une intervention théoriquement accessible peut demeurer difficile à utiliser sans que cela traduise un manque de volonté du patient. [2]
Des marqueurs d’exposition, pas des cancers déjà évités #
Un essai américain publié dans Drug and Alcohol Dependence en 2025 a recruté 240 personnes atteintes de schizophrénie ou de trouble bipolaire, qui fumaient et ne souhaitaient pas arrêter à ce moment-là. Un groupe recevait des cigarettes électroniques pendant huit semaines ; l’autre participait aux évaluations. Les chercheurs ont mesuré le NNAL urinaire, un marqueur d’exposition à une nitrosamine spécifique du tabac. La diminution était plus marquée avec la fourniture de vape. L’écart était significatif à quatre semaines, puis atténué et non significatif à huit semaines. [3]
L’essai documente donc un changement d’exposition de courte durée dans une population précise. Il ne mesure ni une diminution du nombre de cancers ni une amélioration psychiatrique. L’affaiblissement de l’écart à huit semaines souligne aussi l’intérêt d’étudier le maintien de l’intervention et l’accompagnement. La réduction des risques gagne à être décrite par ses mesures réelles : quel marqueur change, à quel moment, chez quelles personnes et par rapport à quelle situation. Cette précision permet de reconnaître un résultat encourageant sans le transformer en promesse clinique. [3]
Quand arrêter la fumée modifie un traitement #
Un point de vigilance concerne certains médicaments pris au long cours. Le service britannique de pharmacie spécialisée du NHS rappelle que des composants de la fumée de tabac augmentent l’activité d’enzymes hépatiques impliquées dans leur élimination. Lorsque l’exposition à cette fumée diminue ou cesse, la concentration de médicaments concernés peut augmenter. À la reprise du tabagisme, le mouvement inverse peut se produire. Une surveillance et, selon le traitement, une adaptation par le prescripteur peuvent être nécessaires. [4]
La nicotine n’est pas responsable de cette induction enzymatique. Passer des cigarettes à une vape nicotinée ou à des substituts ne maintient donc pas automatiquement le même effet de la fumée sur les médicaments. Ce phénomène ne justifie pas de conserver les cigarettes ; il justifie d’informer l’équipe soignante de l’évolution du tabagisme. La discussion doit distinguer cigarettes fumées, nicotine consommée et changements de symptômes. Modifier soi-même un traitement psychiatrique pour compenser un arrêt du tabac ne permet pas d’assurer cette surveillance. Le suivi relève du professionnel qui connaît le médicament et le dossier. [4]
L’accès aux soins est aussi une question de recherche #
Le protocole du grand essai ESCAPE, publié en juillet 2025, prévoit de comparer l’ajout d’un kit de vape aux soins habituels avec les soins habituels seuls chez des adultes ayant un diagnostic de maladie mentale et suivis en ville. Il prévoit notamment de mesurer l’abstinence tabagique à six mois, les symptômes de santé mentale, la satisfaction et les coûts. Le document décrit ce que l’étude entend tester ; ses objectifs ne doivent pas être présentés comme des résultats obtenus. [5]
Cette distinction laisse place à une ambition de soins sans imposer une réponse unique. Une personne peut souhaiter un arrêt immédiat, se préparer progressivement ou revenir sur une tentative précédente. L’entretien doit pouvoir accueillir cette situation et préciser ce que l’on cherche à améliorer. Le choix d’une aide ne résume ni la personne ni la qualité de son engagement.
Parler de vape en psychiatrie demande ainsi de tenir plusieurs informations ensemble : l’objectif de sortie du tabac, les effets mesurés, les traitements en cours et les préférences de la personne. Une proposition d’accompagnement peut être discutée sans banaliser les incertitudes ni exclure d’avance un public des possibilités d’arrêt.
Sources #
[1] Cochrane — Taylor et collaborateurs — Smoking cessation for improving mental health. 9 mars 2021.
[2] BMC Psychiatry — Kale et collaborateurs — Providing an e-cigarette starter kit for smoking cessation and reduction as adjunct to usual care to smokers with a mental health condition: findings from the ESCAPE feasibility study. 3 janvier 2025.
[3] Drug and Alcohol Dependence — Pratt et collaborateurs — Carcinogen reduction in a randomized controlled study comparing e-cigarette provision to assessment only among people with serious mental illness who smoke. 1 septembre 2025.
[4] NHS Specialist Pharmacy Service — Considering drug interactions with smoking. 8 novembre 2023.
[5] Addiction — Kale et collaborateurs — Offering e-cigarettes for smoking cessation and reduction in people with mental illness (ESCAPE): Protocol for a randomized controlled trial. 1 juillet 2025.
Jason Buttier · Fondateur & rédacteur
Ancien fumeur, Jason Buttier a créé VAPOVOR pour publier des contenus datés, sourcés et indépendants sur tabac, nicotine et vapotage, à destination d’un public adulte. Les contenus n’incluent pas de recommandation d’achat et ne se substituent pas à un avis médical individuel.
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