Une dent stylisée posée sur une courbe de gencive, accompagnée d’une loupe révélant quelques formes microbiennes abstraites ; pas de carie noire, pas de sourire publicitaire. Illustration flat épurée, fond blanc, bleu #263b63 et rose #bd3e68.

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Vape et santé buccale : les changements du microbiote posent des questions encore ouvertes

Une étude publiée ce printemps suit les bactéries de la bouche lorsque des fumeurs passent à la cigarette électronique. Elle complète des travaux sur les gencives et le risque carieux. Les résultats signalent des modifications biologiques, mais leur traduction en maladies à long terme reste à établir. Pour les interpréter, il faut distinguer un prélèvement microbien, un facteur de risque et une lésion effectivement diagnostiquée.

Huit semaines de changement de produit #

L’équipe d’Aleksandra Alcheva, à l’université du Minnesota, a analysé les prélèvements buccaux de participants invités à remplacer leurs cigarettes par la vape pendant huit semaines. Parmi les 58 personnes étudiées dans ce groupe, les biomarqueurs ont permis d’identifier 12 passages complets à la cigarette électronique et 46 doubles usages. Vingt participants continuant à fumer exclusivement servaient de référence. Ce découpage évite de considérer comme identiques une consigne d’arrêt des cigarettes et son application réelle. [1]

Chez les personnes ayant complètement changé de produit, les chercheurs ont observé une évolution de la diversité et de la composition des communautés bactériennes, notamment une augmentation de certains genres associés à des processus inflammatoires. La publication, parue dans Cancer Prevention Research, propose d’explorer le microbiote comme indicateur des changements d’exposition. Elle ne comptabilise pas des cancers provoqués par la vape ni des pertes dentaires sur plusieurs années. Douze personnes et huit semaines ne suffisent pas à quantifier de tels événements. [1]

La bouche abrite un milieu vivant, pas seulement des dents #

Le microbiote désigne l’ensemble des micro-organismes présents dans un milieu. Dans la bouche, examiner la salive, un prélèvement de cellules ou la plaque située sous les gencives ne donne pas nécessairement le même tableau. Les chercheurs doivent donc préciser où ils prélèvent et ce qu’ils recherchent. Une augmentation de diversité n’est pas, par principe, favorable ; une diminution n’est pas automatiquement défavorable. L’identité des microbes, leurs fonctions et l’état des tissus comptent davantage qu’un indicateur isolé.

En 2022, une étude de mBio avait suivi pendant six mois 84 personnes réparties entre vapoteurs exclusifs, fumeurs et non-fumeurs. Tous les participants présentaient déjà au moins une parodontite légère, c’est-à-dire une atteinte des tissus qui soutiennent les dents. Les communautés microbiennes sous les gencives différaient selon les groupes ; celles des vapoteurs partageaient certaines caractéristiques avec les deux autres, tout en présentant leurs particularités. Ce recrutement renseigne sur un milieu buccal déjà atteint. Il ne représente pas l’ensemble des personnes aux gencives saines. [2]

Ce que les expériences sur cellules peuvent apporter #

Les analyses chez les patients sont parfois complétées par des expériences en laboratoire. Dans iScience, des chercheurs ont comparé en 2020 les communautés microbiennes de participants ayant des usages différents, puis exposé des modèles cellulaires à un aérosol de cigarette électronique. Les tests expérimentaux ont relevé des modifications des réponses inflammatoires et une susceptibilité accrue à l’infection dans les conditions étudiées. [3]

Ces résultats proposent des mécanismes à vérifier : l’aérosol pourrait modifier l’environnement des microbes et la réponse des cellules qui les rencontrent. Leur portée doit toutefois rester celle du dispositif. Une culture cellulaire reçoit une exposition définie, avec des bactéries sélectionnées ; elle ne reproduit pas à elle seule la salive, les défenses immunitaires, l’hygiène et les variations quotidiennes d’une bouche entière. Transformer directement un résultat de laboratoire en nombre d’infections attendues chez les vapoteurs serait franchir une étape que l’expérience n’a pas mesurée. Elle aide à formuler une hypothèse clinique, qui demande ensuite une vérification adaptée. [3]

Un signal sur le risque carieux, avec un comparateur à examiner #

La question des caries repose sur d’autres mesures. Une étude publiée en 2022 dans le Journal of the American Dental Association a examiné les dossiers de plus de 13 000 patients reçus dans des cliniques universitaires. Les personnes déclarant vapoter étaient plus souvent classées dans une catégorie de risque carieux élevé. Le travail utilisait un outil d’évaluation du risque et un nombre de vapoteurs bien inférieur à celui des autres patients. [4]

Il ne s’agissait pas d’un essai attribuant aléatoirement des produits, puis comptant les nouvelles caries. La comparaison portait sur des dossiers de patients ayant des habitudes et des histoires dentaires différentes. Une catégorie de risque associe plusieurs informations ; elle ne signifie pas que toutes les personnes classées développeront une lésion. Surtout, le groupe « ne vapote pas » ne répond pas nécessairement à la question particulière d’un fumeur qui envisage une substitution complète. La présence d’une association appelle une attention clinique, sans fournir à elle seule une causalité ni une comparaison globale avec la cigarette. [4]

Une information utile au fauteuil dentaire #

Ces recherches invitent à mieux décrire les consommations dans l’histoire du patient : tabagisme ancien, cigarettes encore fumées, début du vapotage, fréquence et changements récents. Pour un dentiste, ces éléments aident à replacer un symptôme dans sa chronologie. Ils ne remplacent ni l’examen de la bouche ni l’évaluation de ses autres déterminants. Une personne qui a quitté le tabac conserve un passé d’exposition ; une personne qui vapote sans avoir fumé présente un autre parcours.

Le vocabulaire des résultats compte jusque dans cette conversation. Une modification de la proportion d’une bactérie, une inflammation observée et une lésion qui progresse sont des constats différents. Les réunir sous le seul mot « dommages » empêcherait de savoir lequel a réellement été mesuré. À l’inverse, l’absence de lésion dans un suivi bref ne suffit pas à expliquer toutes les modifications biologiques constatées.

Le sujet mérite donc un suivi sans jugement. Présenter toute modification du microbiote comme une maladie inévitable inquiéterait au-delà de ce que montrent les données. Présenter l’absence de combustion comme une protection complète de la bouche irait également trop loin. Les études disponibles décrivent des différences et des pistes biologiques ; elles laissent ouverte une partie de leur signification à long terme. La priorité scientifique est de relier les usages documentés aux lésions réellement constatées, avec des groupes comparables et un suivi suffisant, pour que les décisions reposent sur des effets cliniques autant que sur des signatures microbiennes.

Sources #

[1] Aleksandra Alcheva et collègues — Université du Minnesota, Cancer Prevention Research — Changes in the Oral Microbiota after Switching from Smoking to Exclusive e-Cigarette Use in an 8-Week Product-Switching Trial. 1 juin 2026.

[2] Scott C. Thomas et collègues — mBio — Electronic Cigarette Use Promotes a Unique Periodontal Microbiome. 22 février 2022.

[3] Smruti Pushalkar et collègues — iScience — Electronic Cigarette Aerosol Modulates the Oral Microbiome and Increases Risk of Infection. 26 février 2020.

[4] Karina F. Irusa et collègues — Journal of the American Dental Association — A comparison of the caries risk between patients who use vapes or electronic cigarettes and those who do not: A cross-sectional study. décembre 2022.

Jason Buttier · Fondateur & rédacteur

Ancien fumeur, Jason Buttier a créé VAPOVOR pour publier des contenus datés, sourcés et indépendants sur tabac, nicotine et vapotage, à destination d’un public adulte. Les contenus n’incluent pas de recommandation d’achat et ne se substituent pas à un avis médical individuel.

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