
Vapotage adolescent : ce que mesurent les enquêtes
Les enquêtes françaises disponibles montrent une progression de la cigarette électronique dans certains usages adolescents, tandis que le tabagisme a reculé. Ces mouvements méritent d’être examinés ensemble. Ils ne permettent pas de réduire tous les jeunes vapoteurs à une même histoire, ni de conclure automatiquement à une relation de cause à effet.
À 17 ans essayer et utiliser chaque jour restent distincts #
Dans l’enquête ESCAPAD menée en mars 2022, 56,9 % des jeunes de 17 ans avaient déjà essayé une cigarette électronique. L’usage quotidien concernait 6,2 % d’entre eux, contre 1,9 % en 2017. Ces résultats, publiés par l’OFDT en mars 2023, proviennent de 23 701 participants à la Journée défense et citoyenneté. Le chiffre d’expérimentation et celui du vapotage quotidien ne décrivent donc pas la même population d’usages. [1]
Le premier compte une expérience, même ancienne et ponctuelle. Le second indique une répétition quotidienne au moment de l’enquête, sans mesurer à lui seul tous les critères d’une dépendance. Entre les deux existent des pratiques espacées, des essais abandonnés et des consommations plus fréquentes. Une lecture qui annoncerait que plus de la moitié des adolescents « vapotent » sans préciser qu’il s’agit d’avoir essayé au moins une fois donnerait une image trompeuse de la fréquence réelle.
Le collège et le lycée ne racontent pas la même étape #
EnCLASS permet de regarder les pratiques selon le niveau scolaire. Dans son édition 2022, publiée en 2024, l’enquête recueille les réponses de 9 566 collégiens et lycéens. Elle estime le vapotage quotidien à 1,4 % au collège et à 3,8 % au lycée. Pour les lycéens, ce dernier indicateur était de 2,8 % en 2018. Ces données décrivent un ensemble d’élèves, et non uniquement les jeunes de 17 ans interrogés dans ESCAPAD. [2]
Les écarts entre enquêtes ne sont donc pas nécessairement des contradictions. L’âge, le lieu de recrutement et le statut scolaire changent le groupe observé. Les jeunes sortis du système scolaire n’apparaissent pas dans une enquête réalisée en classe. Inversement, une photographie à 17 ans ne décrit pas les élèves de sixième. Pour suivre l’évolution d’un phénomène, il faut d’abord conserver une définition stable de la population dont on parle.
La fréquence mérite elle aussi d’être suivie avec une définition stable. Une question sur les trente derniers jours ne permet pas toujours de distinguer un essai récent d’une consommation déjà installée depuis plusieurs mois. À l’inverse, une question sur l’usage quotidien ne raconte pas ce qui s’est passé avant le questionnaire. Pour éclairer les parcours, il faut associer fréquence, ancienneté et changements d’intensité, sans demander à un indicateur unique de tout résumer. Dans un article destiné au grand public, écrire le critère complet peut sembler plus long que le mot « usage ». Cette précision évite pourtant que des lecteurs comparent un essai au cours de la vie avec une pratique quotidienne et en déduisent une évolution qui n’a pas été mesurée de cette manière.
La baisse du tabagisme ne règle pas la question de la vape #
ESCAPAD mesure aussi un recul du tabagisme quotidien à 17 ans, de 25,1 % en 2017 à 15,6 % en 2022. La coexistence de cette baisse et de la hausse du vapotage est un résultat à expliquer. Elle ne prouve pas que chaque cigarette évitée a été remplacée par une cigarette électronique. Dans la même enquête, 55,4 % des vapoteurs quotidiens fumaient également du tabac tous les jours. Les pratiques peuvent donc se cumuler. [1]
Deux conclusions trop rapides seraient symétriquement fragiles. La progression du vapotage ne démontre pas, à elle seule, qu’elle provoque une hausse du tabagisme ; la baisse du tabagisme ne démontre pas, à elle seule, que l’entrée dans la vape est sans conséquence pour les non-fumeurs. Pour comprendre les transitions, il faut suivre les mêmes personnes dans le temps et tenir compte de leur consommation initiale, de leur entourage et d’autres facteurs susceptibles d’influencer les deux comportements.
L’accès réel reste une question de terrain #
Le droit interdit déjà la vente et l’offre gratuite de produits du vapotage aux moins de 18 ans. En octobre 2025, saisi sur le respect des interdictions concernant les produits du tabac et du vapotage, le Conseil d’État a constaté une application très insuffisante de l’interdiction de vente aux mineurs. Il n’a toutefois pas ordonné de nouvelles mesures, au regard des actions déjà engagées et des effets attendus du renforcement des contrôles et des sanctions. [3]
Cette décision ne donne pas un pourcentage national fiable d’adolescents achetant personnellement une cigarette électronique. Elle montre que l’existence d’une interdiction et son application sont deux objets d’évaluation distincts. Il faut aussi décrire les approvisionnements : achat direct, achat par un tiers, prêt ou échange entre jeunes. Une politique limitée à la vitrine ne peut pas être évaluée sérieusement sans vérifier ce qui se passe ensuite dans les autres circuits.
Prévenir sans confondre tous les parcours #
Les données citées ici ont été recueillies avant l’interdiction française des puffs de février 2025. Elles ne permettent pas d’en mesurer les effets. De même, leur ancienneté impose de résister à la tentation de les présenter comme une photographie de février 2026. Ce sont les résultats consolidés disponibles pour ces exercices d’enquête, avec leurs dates, leur champ et leurs limites. Une nouvelle collecte peut modifier le diagnostic, mais aucun résultat futur ne doit être anticipé.
Pour un adolescent qui n’a jamais fumé, commencer à utiliser un produit nicotiné n’a pas la même signification que pour un fumeur qui cherche à abandonner la cigarette. Chez les jeunes déjà consommateurs, comprendre la fréquence, le produit et la place du tabac aide à formuler une réponse adaptée. La prévention gagne en précision quand elle évite d’assimiler un essai à une trajectoire inéluctable. Les enquêtes montrent où porter l’attention ; elles ne remplacent pas l’écoute des situations individuelles, et elles n’autorisent pas à banaliser l’installation d’un usage quotidien.
Sources #
[1] OFDT — Les drogues à 17 ans. Analyse de l’enquête ESCAPAD 2022. 9 mars 2023.
[2] OFDT — Les usages de substances psychoactives chez les collégiens et lycéens. Résultats EnCLASS 2022. 1 janvier 2024.
[3] Conseil d’État — Interdiction de vente des produits du tabac et du vapotage aux mineurs : des actions concrètes sont déjà engagées pour en assurer le respect. 1 octobre 2025.
Jason Buttier · Fondateur & rédacteur
Ancien fumeur, Jason Buttier a créé VAPOVOR pour publier des contenus datés, sourcés et indépendants sur tabac, nicotine et vapotage, à destination d’un public adulte. Les contenus n’incluent pas de recommandation d’achat et ne se substituent pas à un avis médical individuel.
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Jason Buttier est le fondateur de VAPOVOR et également à l’origine de la marque « Maître Vapotier ». Cette information est fournie pour transparence. Les contenus éditoriaux de VAPOVOR n’incluent pas de recommandation d’achat et ne se substituent pas à un avis médical individuel.